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Dossiers

Les métiers industriels, techniques et informatiques sont en recul

Publication: 3 juin

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Les secteurs de l’industrie, des sciences et de l’informatique pèsent de moins en moins dans le paysage de l’emploi en France...
 

Malgré une reprise dynamique des recrutements depuis la mi-2020, la part des métiers industriels dans l’ensemble des offres d’emploi recule de 16 %, tandis que celle des métiers scientifiques et de l’informatique recule de 13 %.

La France est le seul pays développé à enregistrer une telle déformation de la répartition des offres d’emploi en défaveur des métiers de l’innovation, ce qui pose la question de la compétitivité du pays à long terme.

Les métiers de la santé progressent en revanche fortement, tout comme les services au public et à la personne ou l’hôtellerie-restauration.

La reprise globale des recrutements est moins forte en France que dans de nombreux autres pays

Reflet du dynamisme du marché du travail, le volume global d’offres d’emploi sur Indeed France était, en avril 2022, 40 % au-dessus de son niveau du 1er février 2020. Cependant, comme le montre le graphique ci-dessous, dans la plupart des pays développés les projets de recrutement des entreprises ont rebondi beaucoup plus vite qu’en France.

La flexibilité du marché du travail dans les pays anglo-saxons permet en effet aux entreprises de recruter plus facilement. L’Allemagne, déjà au plein emploi avant la crise, et l’Italie, qui a profondément réformée son marché du travail, bénéficient aussi d’une reprise plus dynamique (+ 55 % et + 60 % d’offres d’emploi en volume respectivement). Parmi les grands pays européens, seule l’Espagne, qui souffre d’un chômage endémique, se classe derrière la France.

L’industrie et la « tech » françaises à la peine

Au-delà de ces chiffres, les offres dans certains secteurs ont crû beaucoup plus rapidement que la moyenne et leur poids sur le marché du recrutement s’est mécaniquement renforcé, au détriment d’autres.

En France, les quatre grandes familles de métiers qui gagnent en importance dans l’ensemble des offres d’emploi appartiennent aux services. L’éducation et la formation gagnent 4 %. Les fonctions administratives, le marketing et les ressources humaines progressent de 9 %. La catégorie comprenant les services à la personne et au public, l’hôtellerie-restauration et le divertissement progresse quant à elle de 15 %. Enfin, la France est le pays pour lequel la part de la santé dans l’ensemble des offres d’emploi a le plus augmenté, avec + 55 % depuis février 2020.

A noter toutefois que les métiers de la santé mentionnés précédemment ne comprennent pas ceux de l’industrie pharmaceutique ni les dispositifs médicaux. En effet, les métiers industriels sont ceux qui perdent le plus de terrain dans l’ensemble des offres, avec une part en recul de 16 % par rapport au 1er février 2020. Le phénomène est structurel et propre au marché du travail français. En Allemagne, malgré une économie très dépendante des importations énergétiques russes et des chaînes d’approvisionnement mondiales, la part des métiers industriels dans l’ensemble des offres d’emploi est stable depuis deux ans. Au Royaume-Uni, où les difficultés d’approvisionnement ont été exacerbées par le Brexit, le poids des métiers industriels s’accroît de plus de 4 %.

Le constat est similaire pour les métiers de l’informatique, des sciences et des données, avec le deuxième recul le plus important constaté en France (- 13 %). Le Royaume-Uni, qui subit pourtant les conséquences du Brexit (le poids de la finance, de l’immobilier et des services juridiques y chute de 25 %, contre une progression de 4 % pour la France) connaît une baisse de seulement - 9 % dans cette catégorie de métiers. Aux États-Unis, on constate au contraire une progression sensible de 25 %.

Un phénomène inquiétant pour la productivité, la compétitivité et le pouvoir d’achat

Cette baisse témoigne de l’affaiblissement des entreprises industrielles et technologiques, pourtant essentielle aux processus d’innovation qui permettent d’améliorer la productivité des entreprises comme la compétitivité française. Le progrès technique permet en effet d’accroître les marges, bien au-delà des seuls secteurs industriels et technologiques : dans la grande distribution par exemple, la forte concurrence pousse les acteurs à investir massivement dans l’informatisation ou l’automatisation. Dans tous les secteurs, le fort contenu en innovation des produits et des services proposés permet la montée en gamme, synonyme d’atout concurrentiel et de pouvoir de marché. Dans le contexte inflationniste actuel, cela est d’autant plus stratégique pour préserver la rentabilité d’une entreprise.

Par effet ricochet, le pouvoir d’achat des salariés est aussi concerné. Avec une croissance de la productivité inférieure àà 1 % sur les dernières années, les entreprises ont peu de marge de manœuvre pour accorder des augmentations de salaire alors que la hausse des prix à la consommation devrait s’établir aux alentours de 4 % pour l’année 2022 d’après la Banque de France. Malheureusement, la baisse de la part des métiers de l’innovation dans l’ensemble des offres laisse penser que cette contrainte de productivité ne se desserrera pas dans les prochaines années.

Enfin, cette diminution du poids des métiers techniques et scientifiques dans les offres d’emploi fait peser une menace très lourde sur la numérisation des entreprises, en particulier des PME, et sur la transition énergétique, qui sera plus difficile à atteindre faute d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers capables de développer les technologies nécessaires. Il est à souhaiter que la recomposition des chaînes de valeur mondiales à la suite de la pandémie de coronavirus et de la guerre en Ukraine débouche sur des créations d’emploi en France et suscite des vocations pour les sciences et les techniques chez les jeunes qui entreront sur le marché du travail dans les années à venir.

https://fr.indeed.com/

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