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Dossiers

La révolution du marché de la saisie comptable est lancée, opportunité ou menace ?

Par Thomas Bourgeois, CEO de Dhatim, et David Remaud, CMO de Dhati

Publication: 8 novembre

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Du 4 au 7 septembre dernier, Porte de Versailles à Paris, l’ordre des experts-comptables tenait son université d’été en présence de 5 000 participants...
 

Au cœur des débats : la question de l’obsolescence programmée des professions du chiffre. La robotisation, la loi PACTE et, surtout, la pression exercée par l’Europe pour que prenne fin l’exception française sur la saisie des comptes font peser de lourdes menaces sur l’avenir des experts-comptables. Et si, finalement, le tableau n’était pas aussi noir qu’il n’y paraît…

Mais que va-t-il rester aux experts-comptables ?

Dès cet automne, la loi PACTE pourrait être votée. Parmi les 21 propositions qui concernent les experts-comptables, l’une d’elles inquiète plus particulièrement l’Ordre : l’annonce, confirmée, du redressement du seuil de chiffre d’affaires à partir duquel les entreprises auront l’obligation de faire appel à un commissaire aux comptes avec pour conséquence la suppression de milliers de mandats.

Autre sujet de préoccupation majeure : la possible fin de l’exception française sur la saisie comptable. Jusqu’à présent, l’ordonnance de 1945 spécifiait que toute personne réalisant cette activité devait être déclarée à l’Ordre. Dans ses recommandations, l’Europe encourage la France à libéraliser cette tâche, en vue de simplifier les procédures et d’améliorer la compétitivité des entreprises. Et, selon ses premières déclarations, le Président Macron semble plutôt réceptif à cette mesure, qui pourrait prendre effet à l’horizon 2019/2020. Cette décision serait un nouveau coup dur pour les experts-comptables, puisque la saisie comptable représente encore plus de la moitié du chiffre d’affaire de la majorité des cabinets.

Un petit vent de panique souffle donc sur la profession, accentué par le développement des technologies telles que l’intelligence artificielle et, plus particulièrement, de celles qui gravitent autour des réseaux de neurones (Deep Learning). Déjà déployées, elles offrent la promesse d’une saisie comptable complètement automatisée, quel que soit le support de la facture : papier, e-mail, scannée dans un smartphone, hébergée sur un portail fournisseur… Ainsi, le robot collecte et extrait automatiquement, en temps réel tous les détails de la facture et réalise l’affectation automatique dans les codes comptables et analytiques.

Une occasion de repenser l’offre de services de la profession

Il s’agit donc là d’un vrai sujet d’inquiétude pour les experts-comptables. Sur un marché estimé à plus de 16 milliards d’euros, nous estimons que la part de la saisie comptable représente environ 40% de la tenue comptable, soit entre 2 et 3 milliards d’euros. Des expériences menées dans des pays anglo-saxons, drivés par la robotisation, ont divisé par deux la valeur de cette activité. L’impact de la robotisation se compte donc en centaines de millions d’euros pour les cabinets d’expertise comptable.

Reste qu’on est encore loin de la digitalisation totale des factures et les entreprises vont conserver cette prérogative. Il s’agit donc pour les cabinets d’intégrer cette évolution plutôt que d’essayer d’y résister. Les experts-comptables sont d’ailleurs plus de 66% à indiquer qu’ils sont prêts à investir dans l’IA pour automatiser les tâches répétitives et chronophages1.

D’ailleurs, qui dit digitalisation, dit données. Grâce à la robotisation, il est possible d’apporter aux entreprises clientes des informations analytiques, afin de leur permettre un pilotage en temps réel de leur activité : suivi de la trésorerie et des dettes fournisseurs, mise à disposition d’indicateurs sectoriels, validation de la conformité contractuelle… Proposer ce type de services de gestion à valeur ajoutée leur donne la possibilité de compenser la baisse de rentabilité de la mission comptable traditionnelle. Une étude Xerfi estime ainsi à plus de 5 milliards d’euros le marché potentiel du conseil pour les experts-comptables, dont 1,5 milliard d’euros pour les diagnostics stratégiques et l’amélioration des performances de l’entreprise, venant donc largement compenser la perte sur la saisie comptable.

Qui, demain, pour régner sur les services de gestion des entreprises ? La menace de nouveaux entrants pour les experts-comptables est bien réelle. Grâce à la technologie, les plateformes en ligne se sont développées. Elles proposent des activités le plus souvent non règlementées comme les missions sociales par exemple, mais s’installent aussi sur celles plus traditionnelles, ce qui se traduit par une lourde pression tarifaire. « Georges », le robot comptable, par exemple, propose aux professions libérales une comptabilité de bout-en-bout sans aucune saisie manuelle. Mais le risque est grand en matière de non-conformité des comptes et de possibles redressements.

Les banques et assurances, en tant que professionnels du chiffre et disposant de nombreuses données, se présentent aussi comme de possibles challengers. Toutefois, ces acteurs peinent déjà à digitaliser leurs activités de base. Il y a donc de fortes chances qu’ils mettent du temps à arriver sur ce marché.

Les GAFA peuvent, eux aussi, prétendre à une part du gâteau. Ils disposent des technologies d’intelligence artificielle nécessaires et savent entraîner des machines puissantes. Seulement, ils s’intéressent généralement peu aux marchés dont les spécificités sont aussi locales.

Viennent enfin et surtout, les experts-comptables ! Nous considérons qu’ils sont les mieux placés pour offrir des services de gestion aux entreprises en y intégrant la tenue comptable. De par leur expertise et leur connaissance du secteur, ils sont les plus à même d’entraîner efficacement des machines apprenantes et de leur permettre d’exprimer des résultats conformes. Ceux qui seront en mesure de bien gérer cette phase gagneront la partie.

Autre notion à garder à l’esprit : l’importance du contact humain et de la confiance, qui restent cruciaux sur des sujets aussi critiques que les comptes d’une entreprise. De la même façon que les Français apprécient l’innovation des acteurs en ligne, mais préfèrent encore majoritairement conserver leurs comptes dans leur banque historique, les sociétés y réfléchiront à deux fois avant de renoncer à leur expert-comptable.

S’ils parviennent à entretenir leur relation avec leurs clients, à prendre le virage technologique et à proposer ainsi de nouveaux services de gestion et de conseil, alors, les experts-comptables seront en mesure de résister, voire de se développer. Et c’est là-dessus que nous parions.

http://www.dhatim.com/

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