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L’Industrie 4.0 est-elle en vogue dans la mode ?

Publication: 10 avril

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Des experts répondent lors de la table ronde de la Chaire Lectra, ESCP Europe consacrée aux enjeux et défis de la quatrième révolution industrielle dans la mode...
 

Lectra, numéro un mondial des solutions technologiques intégrées pour les industries utilisatrices de tissus, cuir, textiles techniques et matériaux composites, a co-organisé avec ESCP Europe la table ronde « Mode et technologie : enjeux et défis de la quatrième révolution industrielle dans la mode », qui s’est tenue à Paris le 28 mars 2017.

Animé par Céline Abecassis-Moedas et Valérie Moatti, directrices scientifiques de la Chaire, le débat a réuni des experts de la mode ou de l’Industrie 4.0 : Cindy Lebriez, créatrice du projet Bouton Noir chez Auchan ; Pascal Morand, président exécutif de la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode ; Moundir Rachidi, directeur associé, The Boston Consulting Group ; Youssef Senhadji, responsable process and tools, Decathlon ; et Daniel Harari, directeur général, Lectra.

Après avoir tenu un rôle moteur dans les deux premières révolutions industrielles, la mode a profondément fait évoluer ses modèles économiques, avec notamment l’arrivée du fast fashion. « Avec la quatrième révolution industrielle, la mode dispose d’une opportunité de combiner de nouvelles technologies pour faire des chaînes d’approvisionnement un levier de compétitivité », a souligné Valérie Moatti.

« La mode peut d’ores et déjà s’emparer des technologies qui sous-tendent l’Industrie 4.0 car, bien que complexes à développer, elles sont abordables et faciles à utiliser. Les données qu’elles génèrent - la nouvelle mine d’or des entreprises - vont permettre aux acteurs de la mode d’être plus performants, de gérer une plus grande complexité des produits et de se rapprocher des consommateurs. Ils doivent cependant ne pas perdre de temps, sous peine de se retrouver distancés », a expliqué Moundir Rachidi.

La startup créée par Cindy Lebriez s’inscrit dans cette démarche : « Chez Bouton Noir, nous emboîtons au moyen d’algorithmes plusieurs technologies, des solutions de patronnage au body scan, pour construire une chaîne d’approvisionnement 4.0 capable de produire un jean sur mesure en une heure, en France. Réduire les coûts et temps de transport diminue les délais de mise sur le marché et l’impact écologique, tout en améliorant les marges ».

De nouvelles options de relocalisation de la production s’offrent ainsi aux entreprises. « Parce que l’Industrie 4.0 permet d’être plus efficient, plus rapide, moins cher - une logique industrielle dans laquelle Decathlon souhaite avancer davantage -, marques et fabricants pourront éventuellement rapatrier une partie de la production à proximité des lieux de consommation. Cela dépendra notamment des quantités produites et des compétences locales », a commenté Youssef Senhadji.

Si la chaîne d’approvisionnement de la mode se digitalise, une étape reste cependant en retard. Tous les fabricants de vêtements se heurtent en effet à l’impossible automatisation de la couture, les robots se révélant incapables d’assembler des matières textiles souples.

« Les spécificités de la mode la pousseront à adopter l’Industrie 4.0 à sa manière », a prédit Pascal Morand. « La gestion de l’information dans la chaîne d’approvisionnement devra tenir compte du rôle central de la création, de l’imaginaire de la marque, mais aussi de contraintes plus matérielles comme les délais de production des textiles. J’anticipe l’apparition de modèles économiques plus différenciés qu’aujourd’hui, et très innovants. La conservation et l’évolution des savoir-faire de la filière mode sera vitale ».

Dans ce contexte, les solutions technologiques constitueront un atout. « La technologie n’est pas une fin en soi, mais un réceptacle qui garde en mémoire les savoir-faire des métiers de la mode, qui capitalise sur l’expérience des femmes et des hommes », a déclaré Daniel Harari. « Une autre notion importante est celle d’écosystèmes : l’Industrie 4.0 va changer les règles du jeu en connectant tous les acteurs de la mode. Les entreprises vont pouvoir se repenser, de nouveaux entrants vont apparaître. Il y aura des gagnants et des perdants. Ne pas se repositionner, c’est être perdant d’emblée ».

Par son travail d’enseignement et de recherche, la Chaire « Mode et Technologie » développe et transmet des connaissances sur les thématiques de l’innovation dans les secteurs de la mode et du luxe. « Inaugurée en 2014 par Lectra et ESCP Europe, la Chaire est renouvelée pour trois nouvelles années », a annoncé Céline Abecassis-Moedas. « Nous allons nous intéresser tout particulièrement à l’usage des technologies 4.0, aux nouveaux modes de consommation et au développement durable ».

http://www.mode-technologie.fr/

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